Ne laisser personne de côté ? Inégalités environnementales et transition juste dans les plans bruxellois

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60 000 personnes dans la rue, ce sont les chiffres officiels de la dernière marche pour le climat du dimanche 11 octobre. Parmi les mots d’ordre, on trouvait le fait de taxer les bénéfices exceptionnels des entreprises fossiles, mais aussi de favoriser une transition climatique juste afin d’éviter un accroissement des inégalités. Le constat est clair : le changement climatique, de plus en plus perceptible, ne touche pas tout le monde de la même manière.

Dans le nouvel article de Brussels Studies, Nicola da Schio et Deborah Lambert (VUB), Aurore Fransolet (ULiège) et Tom Bauler (ULB) examinent comment la politique environnementale de Bruxelles appréhende, interprète et traite les différentes inégalités et injustices environnementales. La méthode ? A partir d’une analyse des plans et stratégies pluriannuels de la Région de Bruxelles-Capitale, les auteurs ont sélectionné ceux qui portent principalement sur les questions environnementales et concernent l’ensemble du territoire régional. Ils forment un corpus officiel des formulations qui ont fait l’objet de négociations et ont été institutionnalisées à l’issue d’un processus rédactionnel auquel ont participé de nombreux acteurs, avec des phases de révision, d’amélioration technique et d’ajustement politique. La liste établie comprend 14 documents d’orientation adoptés entre 2016 et 2024, dont les auteurs et autrices analysent tant la terminologie utilisée que les objectifs explicites.

De l’analyse minutieuse de ces documents ressort le constat d’un manque de vision d’ensemble des inégalités socio-environnementales, de la précarité ou des privilèges environnementaux, qui selon les auteurs et autrices compromettrait une approche globale de ces thèmes. Si elles sont présentes à travers différentes formulations, les inégalités socio-environnementales ne constituent pas le principal axe de la politique environnementale : les données empiriques existantes qui s’y rapportent sont à peine examinées. De plus, l’utilisation vague et superficielle qui est faite des termes relatifs à l’inégalité et à la justice tend à les affaiblir et à amoindrir leur portée transformatrice.

Bien que les plans accordent la priorité à la protection des populations défavorisées du point de vue socio-économique par le biais de mesures d’accessibilité financière et de soutien ciblé, ils imposent rarement des obligations différenciées aux groupes plus privilégiés. Il en résulte une asymétrie : la justice sociale est mise en œuvre selon le principe consistant à « ne laisser personne de côté », qui met l’accent sur des normes minimales et des mesures compensatoires, alors qu’un cadre plus transformateur permettrait une redistribution active des responsabilités environnementales. L’étude conclut que l’approche de Bruxelles en matière de transition juste se limite à remédier à certaines des vulnérabilités des personnes en situation de précarité, sans définir – et donc sans traiter – les inégalités environnementales comme un problème structurel qui reflète et reproduit les disparités socio-économiques.

Pour lire l’article complet: Nicola da Schio, Deborah Lambert, Aurore Fransolet et Tom Bauler, « Ne laisser personne de côté ? Inégalités environnementales et transition juste dans les plans bruxellois pour l’environnement », Brussels Studies [En ligne], Collection générale, document 221, mis en ligne le 21 octobre 2026. URL : http://journals.openedition.org/brussels/9705